D’elle ou de moi, laquelle des deux était la moins bien lunée ? Ce matin , j’ai payé juste pour la voir et m’entendre parler et quand elle m’a demandé sur un ton légèrement impatienté, ce que je voulais dire aujourd’hui? j’ai réalisé et je me suis bloquée. Ce matin je n’avais rien à dire , j’ai juste échappé le mot de trop, qu’elle s’est empressée de relever, pour clôturer la séance … « ce que j’aime dans l’écriture c’est le fugace, l’éphémère plaisir de l’acte d’écrire » , l ’éphémère … ‘l’effet mère’ Je me suis rebiffée « non vous n’allez pas me laisser avec ça, toute la semaine » , elle a haussé les épaules , «hé ! …c’est vous» . Quoi , moi ? J’ai commencé la séance, en officialisant par sa présence, la signature d’un traité de paix entre ma mère et moi .Le résultat d’un travail de deux années avant d’admettre l’inéluctable , rien ne pourra m’empêcher de continuer à aimer ma mère pour ce qu’elle a été, ni ce que j’aurais aimé qu’elle soit , ni ce que j’ai cru qu’elle était … elle a été et demeurera MA MERE avec cette sensation forte et émouvante d’imprenable. Je la termine , sur une vague sensation d’inachevé . Comme tous ces romans commencés et abandonnés , ces pages d’écritures laissées en suspens , ces mots mal considérés , gaspillés … ‘l’effet mère’ , traiter ce que l’on aime, se traiter mal , comme on l’a été … s’auto censurer .. se punir , s’interdire la satisfaction du plaisir abouti , justifier par cette frustration , que l’on ne vaut pas mieux que ce trop peu, qui vous a été accordé …